La Semaine Bleue 2026 a mis en avant le lien entre générations. Après le témoignage de Thomas, assistant de vie à Chambéry, place à l'analyse du sociologue Serge Guérin, spécialiste du vieillissement et auteur d'une quarantaine de livres sur le rapport entre les âges. Son regard vient éclairer, chiffres à l'appui, ce que beaucoup de salariés du domicile et de particuliers employeurs vivent chaque jour : le lien intergénérationnel se joue aussi au domicile des Français.
« Il n'y a pas de guerre des générations »
On entend souvent parler d'une opposition entre jeunes et seniors : les uns privilégiés, les autres oubliés. Serge Guérin balaie cette idée reçue : « Il n'y a pas de guerre des générations, il n'y a pas tant d'oppositions que ça ». Pour lui, les vraies différences se jouent moins entre générations qu'à l'intérieur de chacune d'elles : selon le lieu où l'on vit, son parcours, sa famille, on peut avoir, à 20 ans comme à 80 ans, des vies très différentes de celles de ses pairs.
Un constat qui prend tout son sens quand on regarde les chiffres : la France compte aujourd'hui plus de 15 millions de personnes de 65 ans et plus, un nombre amené à augmenter fortement dans les prochaines décennies. Autant dire que les liens entre générations ne sont pas un sujet secondaire : ils deviennent, année après année, un pilier de plus en plus central de notre société.
Pour les salariés du domicile, l'intergénération, c'est déjà une réalité
Pour beaucoup de salariés du particulier employeur, la question ne se pose même pas en théorie : elle se vit tous les jours : « ça peut être un jeune de 25 ans qui s'occupe d'une personne qui pourrait être son grand-parent ou même son arrière-grand-parent, sourit Serge Guérin. Quand ça se passe bien, les jeunes disent "j'apprends plein de choses" ».
Et cet apprentissage ne va pas dans un seul sens. C'est là, selon lui, tout l'intérêt de ces métiers : « Avant, on apprenait auprès des gens âgés, mais aujourd'hui on apprend aussi aux personnes âgées. Ça s'appelle la réciprocité, c'est ça l'intergénération ». Une personne âgée qui découvre un usage numérique grâce à son assistant de vie, un jeune salarié qui reçoit le récit d'une vie entière : cet échange à double sens est, pour le sociologue, la meilleure définition du lien intergénérationnel qui fonctionne. « Discuter, quand on a 25 ans, avec une octogénaire qui vous raconte ce qu'elle a fait, cela a un impact. Ce rapport intergénérationnel est bon pour tout le monde : il aide à casser les représentations » ajoute-t-il.
Un métier de cœur, pas un métier « par défaut »
Serge Guérin ne cache pas son inquiétude de voir ces métiers parfois perçus comme un choix par défaut : « Ce secteur a été dévalorisé, parce qu'on y oriente souvent ceux qui n'ont pas fait d'études, qui sont en échec. Travailler dans l'aide à domicile peut être vécu comme un échec social, alors que c'est l'inverse ».
Son message est clair : accompagner une personne âgée ou fragile, c'est un métier exigeant, riche humainement, et utile socialement. Il rappelle d'ailleurs une donnée éclairante : les jeunes qui, dans leur vie personnelle, ont déjà été proches d'une personne âgée ou en perte d'autonomie s'orientent bien plus facilement vers ces métiers que les autres. Autrement dit : plus on connaît, moins on a peur, et plus on a envie.
Son message est clair : accompagner une personne âgée ou fragile, c'est un métier exigeant, riche humainement, et utile socialement. Il rappelle d'ailleurs une donnée éclairante : les jeunes qui, dans leur vie personnelle, ont déjà été proches d'une personne âgée ou en perte d'autonomie s'orientent bien plus facilement vers ces métiers que les autres. Autrement dit : plus on connaît, moins on a peur, et plus on a envie.
Redonner de la fierté à ces métiers
Comment changer le regard ? Pour Serge Guérin, cela passe par plusieurs leviers, au-delà de la seule question du salaire :
- Être bien accompagné dès le début, en valorisant non seulement les gestes techniques, mais aussi la dimension humaine et émotionnelle du métier ;
- Avoir des espaces pour échanger avec d'autres professionnels, pour ne pas rester isolé ;
- Pouvoir transmettre à son tour : le sociologue cite l’exemple d’une professionnelle qui se retrouve à être tutrice « cela est valorisant, car on considère que son expérience lui donne les compétences pour chapeauter » ;
- Être reconnu au quotidien : le sociologue plaide pour « un accès facilité au logement, un stationnement prioritaire, les mêmes types de reconnaissance dont bénéficient d'autres métiers essentiels comme les pompiers ou les soignants ».
Un message aux salariés qui hésitent encore
À un jeune qui hésiterait à se lancer dans ces métiers, Serge Guérin conseille d'abord d'aller voir de ses propres yeux avant de se faire une idée. « C'est un monde dans lequel il y a plusieurs facettes et plusieurs métiers », rappelle-t-il, refusant tout discours misérabiliste. Il aime cette formule, entendue un jour de la bouche d'une professionnelle : « assistante d'envie », plutôt qu'assistante de vie. « Ça m'avait plu. Il faut expliquer qu'en s'occupant de quelqu'un d'une autre génération, qui a besoin de soutien, on participe à la sollicitude, à la solidarité sociale ».
Et ailleurs, comment ça se passe ?
Serge Guérin cite volontiers l'exemple des pays nordiques, et du Danemark en particulier, où l'on ne se moque jamais du physique d'un senior sur un terrain de sport, et où un salarié de 62 ans qui demande à être formé est pris au sérieux. « Les pays où l'espérance de vie est la plus élevée sont ceux où l'on travaille le plus longtemps », observe-t-il, non pas parce que ces sociétés seraient plus dures avec leurs seniors, mais parce qu'elles jugent les gens sur leurs compétences et leurs envies, à tout âge. A méditer !
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