À l'occasion de la Semaine Bleue 2026, consacrée au lien entre générations, rencontre avec Thomas, 24 ans, assistant de vie à Chambéry. Un métier qu'il n'avait pas prévu d'exercer et qu'il ne quitterait pour rien au monde.
Un chemin qu'il n'avait pas prévu
Rien, au départ, ne prédestinait Thomas à ce métier. Après une première année de licence Sciences de la Vie « qui ne m'a pas plu du tout », il enchaîne sur un service civique au sein d’une association d'échanges de services à Chambéry, en lien avec des séniors. C'est là que tout bascule : « Mes tutrices m'ont demandé ce qui m'avait vraiment intéressé, et c'était la relation avec les personnes âgées. Elles m'ont conseillé de m'orienter vers l'aide à domicile ».
La VAE, un déclic
Fin 2024, après plusieurs années de pratique, Thomas ressent le besoin d'une reconnaissance officielle, sans pour autant vouloir « retourner sur les bancs de l'école ». Il se tourne vers la VAE (Validation des Acquis de l'Expérience), et choisit le titre d'Assistant de Vie. « Le titre est très lié à l'accompagnement et au savoir-être, en plus du savoir-faire », explique-t-il. « C'est une des meilleures choses que j'ai faites pour mon métier, confie-t-il. Je sens que cela va m'ouvrir des portes : c'est une reconnaissance. Cela va aussi rassurer les personnes dont je m'occupe » ajoute-t-il.
En tant que salarié du particulier employeur, Thomas apprécie la liberté que lui offre ce statut : « Il y a surtout le relationnel direct, sans intermédiaire. J'ai l'avantage d'être mon propre patron. Il faut se lancer ! » Un conseil tout de même : bien s'entourer sur les aspects administratifs.
Des rencontres qui marquent
Ce que Thomas retient de ces premières années de pratique, ce sont d'abord des rencontres. Il se souvient en particulier d'un homme accompagné, touché par un syndrome de Diogène. Plutôt que de lui imposer un grand nettoyage, Thomas a choisi une autre approche : « Je n'ai pas cherché à nettoyer son domicile, cela ne sert à rien, car la personne va recommencer. J'ai préféré prendre trois ou quatre heures pour discuter ». Il comprend alors qu'un traumatisme d'enfance empêche cet homme de gérer sa paperasse. Ensemble, ils commencent par ranger les papiers puis, petit à petit, d'autres objets encombrants : « Ça a été marquant, car j'ai senti que j'avais réussi à changer quelque chose chez lui »
Un métier qui prend racine dans son histoire familiale
Pour Thomas, le goût de l'intergénérationnel ne date pas d'hier : « Ma grand-mère a de gros soucis de santé depuis toujours, je l'ai beaucoup aidée. Mon père a fait un AVC, je l'ai aidé à réapprendre à marcher et à manger ». Ce n'est qu'après avoir choisi ce métier qu'il a fait le lien : « Je me suis rendu compte que j'avais un terrain propice, et que cela me plaisait vraiment ».
Il évoque aussi, sans vouloir parler de « vocation » (un mot qu'il n'aime pas), la rencontre avec un restaurateur qui lui avait glissé : « Il faut que tu trouves ta mission. La mienne, c'est de nourrir des gens ». « Moi, se réjouit Thomas, c’est de m'occuper de personnes âgées ».
Transmettre, dans les deux sens
Ce qui frappe, à écouter Thomas, c'est à quel point l'échange va dans les deux sens. Il a initié une dame isolée aux bénéfices du numérique : « Je lui ai fait découvrir Netflix, YouTube. Maintenant, elle a davantage de loisirs et d'occupations, d'autant qu'elle ne peut plus beaucoup sortir de chez elle ». Une autre personne accompagnée lui a enseigné une astuce domestique bien utile contre les moucherons, qu'il a depuis transmise à son tour.
Curieux des histoires de vie, Thomas encourage aussi les familles à conserver la mémoire de leurs aînés : il suggère régulièrement des outils comme le magazine Famileo, qui réunit les familles éloignées, ou des cahiers à remplir pour transmettre l'histoire familiale. Il lui est même arrivé, en discutant avec les uns et les autres, de recréer un lien entre deux anciens amis qui s'étaient perdus de vue.
Un combat pour plus de mixité dans le métier
Thomas porte aussi un message qui lui tient à cœur : celui d'une meilleure représentation des hommes dans les métiers de l'aide à domicile. « Les personnes âgées acceptent plus facilement d'avoir un homme infirmier qu'un assistant de vie à domicile, car il rentre dans l'intimité », observe-t-il. Un métier encore perçu, selon lui, comme largement féminin, alors qu'il gagnerait à s'ouvrir davantage.
Il regrette aussi que les jeunes générations ne soient pas suffisamment sensibilisées à la question du vieillissement. « J'aimerais qu'à l'école on apprenne ce qu'est le vieillissement, à côtoyer des séniors, à les aider ». Une initiative existe déjà dans une école de Chambéry et Thomas espère la voir se multiplier ailleurs.
En cette Semaine Bleue 2026, l'histoire de Thomas rappelle une chose simple : le lien entre générations ne se décrète pas depuis un bureau, il se construit, chaque jour, derrière chaque porte que l'on pousse.
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