
Des cris, des pleurs, un bébé que l’on ne parvient pas à consoler ou dont on ne comprend pas les besoins : le manque de contrôle d’un parent ou d’un professionnel de la petite enfance exaspéré conduit chaque année à plusieurs centaines de cas avérés du syndrome du bébé secoué (SBS) ou traumatisme crânien non accidentel (TCNA) (1). 75% des petites victimes ont de graves séquelles et, dans 10% des cas, les bébés décèdent (2). Alerter, informer, accompagner : la parole est à Marie, infirmière, bénévole pour l’association France Bébé Secoué, personnellement confrontée à ce drame.
On identifie trois auteurs à cette maltraitance : en premier lieu les parents, et plus spécifiquement les pères, puis les professionnels qui gardent les enfants. Ce sont donc des personnes très proches de l’enfant. Il faut souligner que cela arrive toujours dans un huis clos, jamais en public, donc sans témoin.
Quel état des lieux peut-on dresser de la situation en France ?
Il n’y a malheureusement pas d’observatoire de la maltraitance infantile qui nous donne des chiffres officiels. Les données proviennent de travaux réalisés par des experts judiciaires, des médecins, qui examinent des dossiers et qui mettent leurs conclusions en commun. On estime le nombre d’enfants victimes à plusieurs centaines chaque année et à 55% le taux de récidive.
Comment peut-on décrire le traumatisme subi par l’enfant ?
Cette maltraitance ne se voit pas, les lésions les plus graves sont retrouvées dans le cerveau. L’acte est très violent et, s’il pleurait, l’enfant va finir par se taire parce qu’il a mal, il est sonné, comme un boxeur après un KO. Très souvent, les personnes qui secouent ont déjà eu des gestes brutaux et récidivent. Ce sont des gens exaspérés qui ne savent pas mettre un frein à leur colère. La personne qui est en cause n’est pas l’enfant qui pleure, mais bien l’adulte. Les bébés ne sont que des victimes.
Il faut donc focaliser l’action sur la prévention et la formation auprès des adultes ?
Selon moi, la prévention n’est pas encore systématisée et certains ne sont pas sensibilisés : certaines personnes méconnaissent les conséquences du geste, les parents ne sont pas assez informés sur le post partum et sur la manière dont réagit un bébé, et notamment que ses pleurs sont physiologiques. Il faut sensibiliser et former sur la faillibilité des personnes qui gardent l’enfant. Expliquer que cela arrive à tout le monde d’être en colère mais que tout le monde ne passe pas à l’acte. Il faut être en mesure de se contrôler, de décider de poser le bébé dans son lit et de faire une petite pause, de se retrouver soi-même plutôt que de vouloir à tout prix contrôler une situation qui nous échappe. C’est sur cela qu’il faut agir : une meilleure connaissance et maîtrise de soi. Face à une situation de dépassement, on doit pouvoir adopter le bon réflexe, celui de penser avant d’agir. Il est crucial d’apprendre à se gérer soi-même, à se mettre des freins.La communication entre l’assistant maternel ou le garde d’enfants et les parents n’est-elle pas une piste de prévention ?
Absolument. Il est nécessaire de communiquer davantage. Les parents et les professionnels doivent aborder ce sujet ensemble. On a le droit de dire que certaines journées sont dures, que les enfants sont parfois fatigants : extérioriser et partager est important. Il faut sortir du tabou du silence.Quel chemin reste-t-il à parcourir ?
Il y a tant à faire ! Il faut parler de ce syndrome, marteler le message, expliquer, montrer le geste et sa violence, accentuer la prévention, réaliser des spots de sensibilisation. Je suis malheureusement trop « bien » placée, du côté de la famille qui a vécu ce drame et du côté de la professionnelle de santé, c’est pourquoi je préconise aussi de renforcer l’accompagnement des familles, avant mais aussi après, quand ils ont été touchés. Il faut mobiliser autour de soi.Savoir appréhender la santé de l’enfant et les bonnes pratiques à suivre, mais aussi apprendre à prendre soin de soi afin de prévenir l’épuisement professionnel qui peut conduire à des situations de fragilité : se former contribue à exercer ses missions auprès des enfants dans la sérénité et l’intégrité.
(1) : Santé publique France
(2) : Haute autorité de santé (HAS) 2017
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